Contre ce principe evident
C'est en vain qu'un censeur declame,
Le mal ne se fait en riant.
Si de toi provient l'epigrame,
Son tour heureux ne'est que plaisant
Et ne nuit jamais qu'au mechant
Que sa conscience decele.
Nomme t-on la rose cruelle
Lorsqu'un mal-adroit la cueillant
Se blesse lui-meme au tranchant
De l'epine qu'avec prudence
Nature fit pour sa defense.
Tes simples et faciles jeux
Prolongent dit-on notre enfance
Censeur, que te faut-il de mieux!
Des abus, le plus dangereux,
Le plus voisin de la demence
Est de donner trop d'importance
A ces chimeres dont les cieux
Ont compose notre existence
Notre devoir est d'etre heureux
A moins de frais, a moins de voeux
De l'homme est toute la science.
Par tes sons toujours enchanteurs
Tu fais fuir la froide vieillesse
Ou plutot la couvrant de fleurs
Tu lui rends l'air de la jeunesse.
Du temps tu trompes la lenteur,
Par toi chaque heure est une fete
_Democrite_ fut ton Docteur
_Anacreon_ fut ton Prophete;
Tous deux pour sages reconnus,
L'un riant des humains abus
Te fit sonner dans sa retraite
L'autre chantant a la guingette
Te donna pour pomme a _Venus_
Apres eux ma simple musette
T'offre ses accens ingenus
Charmant Grelot, sur ta clochette
Je veux moduler tous mes vers,
Sois toujours la douce amusette
Source de mes plaisirs divers
Heureux qui te garde en cachette
Et se passe l'univers.
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