FABLE
_Les Aquilons et l'Oranger._
De fougeux Aquilons une troupe emportee
Contre un noble Oranger exhaloit ses fureurs
Ils soufflerent en vain, leur rage mutinee
De l'arbre aux fruits dores n'ota que quelques fleurs.
MADRIGAL
Du tumulte, du bruit, des vaines passions
Fuyons l'eclat trompeur: a leurs impressions
Preferons les douceurs de ce sejour paisible,
Disoit un jour _Ariste_ a la tendre _Delos_.
Soit, repart celle-ci; mais las! ce doux repos
N'est que le pis-aller d'une ame trop sensible.
QUATRAIN
Telle que ce ruisseau qui promene son onde
Dans des lieux ecartes loin du bruit et du monde
Je veux pour peu d'amis exister desormais
C'est loin des faux plaisirs que l'on trouve les vrais.
REVERIE SUR UNE LECTURE.
Aux froids climats de l'ourse, et dans ceux du midi,
L'homme toujours le meme est vain, foible, et credule,
Sa devise est partout _Sottise et Ridicule_.
Le celebre Chinois, le Francois etourdi
De la raison encore n'ont que le crepuscule
Jadis au seul hazard donnant tout jugement,
Par les effets cuisans du fer rougi qui brule
On croyoit discerner le foible et l'innocent;
A Siam aujourd'hui pareille erreur circule,
Et l'on voit meme esprit sous une autre formule:
Quand quelque fait obscur tient le juge en suspens
On fait aux yeux de tous a chaque contendant
D'Esculape avaler purgative pillule,
Celui dont l'estomac repugne a pareil mets
Est repute coupable et paye tous les frais.
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